Après le rejet du projet de loi sur les OGM hier à l’ Assemblée National, le sénateur Jean-François Legrand, opposant à ce projet et malmené par ses amis politiques lorsqu’ il avait notamment dénoncé à propos des OGM “des intérêts mercantiles, ripolinés pour les rendre sympathiques”, revient dans un communiqué de presse daté de ce jour sur les questions de fond que soulèvent ce dossier.
Le communiqué de Jean-François Legrand :
“IL N’ EST PAS TROP TARD !
Si le Petit Prince revenait sur Terre, dans quelques années, pourrait-il encore demander « Dis, Monsieur, dessine-moi un épi de maïs… sans OGM » ? Si la question peut prêter à sourire, elle n’en reste pas moins préoccupante. Existera-t-il encore dans 20 ans du maïs non transgénique sur les cinq continents ? Y aura-t-il encore un espace agricole qui puisse être dédié à la culture de plantes non-OGM sans risque de contamination par des champs voisins ? La biodiversité aura-t-elle encore des droits sur Terre, ou l’aurons-nous définitivement sacrifiée sur l’autel de la production de masse et de la rentabilité économique ?
Si je m’interroge ainsi, c’est que je m’efforce de voir loin. Plus loin que le simple espace-temps dans lequel nous vivons aujourd’hui, nous, les citoyens français de ce début de XXIème siècle.
Après tout, qu’est-ce que la biodiversité peuvent se demander certains ? Une lubie de zoologistes, passionnés par quelques oiseaux rares ou moutons à cinq pattes ?
A ceux là, je réponds, non, la biodiversité est tout simplement l’assurance-vie de la planète et de chacun d’entre nous. C’est même l’un des grands enjeux de ce siècle. Car, les grands équilibres naturels résident dans le maintien de cette diversité ; c’est là que ce trouve la capacité du monde à s’adapter aux changements qui s’annoncent, dont le changement climatique.
Pour bien comprendre l’enjeu de la biodiversité, prenons l’image d’un avion en vol qui perdrait un à un ses boulons. A un certain moment la perte d’un énième boulon fera chuter l’aéronef. La perte de ce boulon est le fait générateur de l’accident, et pourtant la chute est conditionnée par la perte de l’ensemble des pièces manquantes !
La réflexion sur les OGM doit être abordée sous cet angle. Avant qu’il ne soit trop tard. Avant que ne cède l’ultime boulon qui causera notre chute.
Le débat sur les OGM est un débat délicat et passionnel.
Pendant trop longtemps, « pro » et « anti » se sont jetés l’anathème et s’entendaient sans réellement s’écouter. Chacun cherchait à « confisquer » la parole à l’autre.
Pour couper court à ce dialogue de sourds, il fallait redonner sa force à la connaissance, notamment grâce à l’expertise des scientifiques. Mais « science, sans conscience, n’est que ruine de l’âme », c’est pourquoi, il fallait adjoindre à cette première série d’experts des spécialistes des « sciences molles », que sont les philosophes et les sociologues.
Ensemble, ils ont été invités à dialoguer dans le cadre du Grenelle de l’environnement.
Sans revenir dans le détail, je rappellerai l’esprit des conclusions de ce groupe de travail.
Tout au long de nos travaux, mon seul souci, partagé par l’ensemble des membres du groupe de travail, OGM, a été de redonner à un sujet éminemment passionnel la sérénité et l’objectivité qui me paraissaient être les seules valeurs capables de pacifier la société sur ce sujet.
Les conclusions du Grenelle ont été murement réfléchies et débattues. L’ensemble du processus a été validé à l’unanimité par le groupe de travail.
Si le projet de loi initial reprenait l’intégralité des conclusions du Grenelle, le Senat s’est montré beaucoup plus timoré. A « l’esprit de la réforme », les Sénateurs ont préféré la « réforme de l’esprit ». Rien ne devait changer, si ce n’est les esprits rétrogrades que nous étions, nous les gens de terre qui nous opposions aux gens de fer.
Que n’a-t-on pas dit lorsque j’ai affirmé que les Sénateurs étaient, pour certains, « actionnés », en clair sous influence de certains lobbies industriels et économiques… ?
Et pourtant, c’est un fait. Nier leur existence relève de l’aveuglement : les lobbys ne sont pas condamnables ; Ils exercent leur influence, c’est leur vocation, ou plus simplement leur métier. A chacun le sien.
Mon « métier » de Sénateur est de défendre les intérêts des citoyens. Pas ceux des grandes firmes internationales, qui redoutent que la recherche procède à des investigations plus poussées notamment quant au maintien de la diversité des espèces, et la perte du dernier boulon.
Je suis inquiet, et d’autres avec moi. Et si aux Etats-Unis, un expert des naufrages-catastrophe signe un pamphlet intitulé « La 11ème heure », c’est bien qu’il existe une prise de conscience à travers toute la planète.
Je ne veux pas que le vivant puisse être breveté comme le souhaiterait certaines firmes. La nature a tous les droits, et l’Homme n’en a qu’un, celui de la respecter, et non de décréter qu’il en est propriétaire, au plan génétique.
Je ne veux pas que la nature s’appauvrisse et que seul subsiste sur terre les semences produites dans quelques laboratoires et qui auront, par pollinisation, détruit la richesse de notre patrimoine naturel.
Je ne veux pas que les agriculteurs deviennent totalement dépendants de quelques firmes, propriétaires de leurs semences, comme de toute la gamme de produits aptes à les entretenir.
J’en appelle à la raison. A celle de mes concitoyens, comme à celle de mes collègues parlementaires, qui a l’heure où sont publiées ces lignes débattent des sujets que je viens d’évoquer.
Il ne s’agit pas là de politique, mais de l’avenir de notre Terre, de celui que nous voulons pour nous-mêmes, et au-delà pour nos enfants.
Oui, la terre est en danger. Non pas, en danger de mort, mais en danger d’infirmité.
Si en disant cela, je heurte certains de mes « amis politiques », je leur demande de prendre le temps de la réflexion.
« Il a été exécuté à 2 heures 38 du matin, mais il bouge encore… » raillait l’un de mes collègues lors de l’examen du projet de loi au Sénat, à propos d’un amendement dont le but était de m’écarter de l’action.
Piètre Politique que celui qui privilégie l’accessoire à l’essentiel.
Nos concitoyens attendent de la politique qu’elle codifie notre société. L’honneur de la politique est de s’élever, et non pas de se contenter « de petites soupes cuisinées dans de petites arrières cuisines » comme le disait un jour Philippe SEGUIN.
Le devoir de la politique est d’intégrer dans des lois à chaque fois que nécessaire l’ardente obligation d’écrire les règles d’un monde où nos enfants, nos petits enfants auront le droit de vivre. Le Général de GAULLE disait « il n’y a pas de fatalité, il ne saurait y avoir que des renoncements »…
Il n’est jamais trop tard pour bien faire.
Il n’est jamais trop tard pour agir en responsables.”
Jean-François LE GRAND
Sénateur, Président du Conseil Général de la Manche.
Cet article a été publié le Mercredi 14 mai 2008 à 15:35 et est classé dans Manche, NORMANDIE. Vous pouvez en suivre les commentaires par le biais du flux RSS 2.0. Vous pouvez laisser un commentaire, ou faire un trackback depuis votre propre site.
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