30 novembre 1840 retour de cendres de Napoléon à Cherbourg

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Retour des cendres de Napoléon : Le 30 novembre 1840 la frégate La Belle Poule fait son entrée dans le port de Cherbourg, après avoir appareillé du port de Jamestown à Sainte-Hélène le 18 octobre, un mois et demi plus tôt. Elle est accompagnée de la corvette La Favorite.

Retour des cendres de Napoleon à Cherbourg

Le 29 novembre 1840, le journal parisien La Presse annonce le programme de la cérémonie de la réception des cendres de Napoléon à Cherbourg ainsi : « Le cercueil, salué à son arrivée par toutes les batteries des forts, sera reçu par les gardes nationales de la ville et des campagnes, revêtues de leur uniforme ; une couronne d’or, de branches de chêne et de branches de laurier entrelacées, sera déposée sur le cercueil le pavillon tricolore sera arboré à la mairie en signe de deuil. les habitants seront invités à en faire autant devant leurs maisons et une distribution extraordinaire de vivres sera faite aux pauvres. ».

Le 2 décembre, La Belle Poule accoste dans le port militaire. La dépouille de Napoléon repose dans l’entrepont du navire, transformé en chapelle. Des visites publiques sont organisées, qui attirent « 100 000 personnes ».

Les restes de Napoléon sont transférés dans la nuit du 8 au 9 décembre sur le bateau à vapeur Normandie, qui gagne d’abord Le Havre, puis Rouen. Là, un nouveau bateau, La Dorade 3, prend en charge les cendres. Le bateau remonte la Seine en direction de Paris. Il s’amarre à Courbevoie le 14 décembre. L’inhumation a lieu à Paris le lendemain. Une cérémonie solennelle et grandiose, suivie par plusieurs centaines de milliers de personnes.

Retour des cendres de Napoleon à Cherbourg

Le prince de Joinville adresse  depuis Cherbourg un rapport au ministre de la Marine :

« En rade de Cherbourg, 30 novembre 1840.

Monsieur le ministre,

Ainsi que j’ai eu l’honneur de vous l’annoncer, je suis parti le 14 septembre de la baie de Tous-les-Saints ; j’ai prolonge la côte du Brésil avec des vents d’est qui, ayant hâté le nord-est et le nord, m’ont permis d’atteindre promptement le méridien de Sainte-Hélène, sans que j’aie eu à dépasser le parallèle de 28° sud. Arrivé sur ce méridien, des calmes et des folles-brises m’ont causé quelque retard. Le 8 octobre, je mouillais sur la rade de James-Town.

Le brick l’Oreste, détaché par M. le vice-amiral de Mackau, pour remettre à la Belle-Poule un pilote de la Manche, était arrivé la veille. Ce bâtiment ne m’apportant aucune instruction nouvelle, je me suis occupé immédiatement des ordres que j’avais précédemment reçus.

Mon premier soin a été de mettre M. de Chabot, commissaire du roi, en rapport avec M. le général Middlemore, gouverneur de l’île. Ces messieurs avaient à régler, selon leurs instructions respectives, la manière dont il devait être procédé à l’exhumation dés restes de l’empereur et à leur translation à bord de la Belle-Poule. L’exécution des projets arrêtés fut fixée au 15 octobre.

Le gouvernement voulut se charger de l’exhumation et de tout ce qui devait avoir lieu sur le territoire anglais. Pour moi, je réglai, par l’ordre du 13 octobre, dont je vous envoie ci-joint copie, les honneurs à rendre dans les journées du 15 et du 16 par la division placée sous mes ordres. Les navires du commerce français, la Bonne-Aimée, capitaine Gallet, et l’Indien, capitaine Truquetil, s’associèrent à nous avec empressement.

Le 15, à minuit, l’opération a été commencée en présence des commissaires français et anglais, M. de Chabot et le capitaine Alexandre R. E. Ce dernier dirigeait les travaux. M. de Chabot rendant au gouvernement un compte circonstancié des opérations dont il acte témoin, je crois pouvoir me dispenser d’entrer dans les mêmes détails ; je me bornerai à vous dire qu’à dix heures du matin, le cercueil était a découvert dans la fosse. Après l’en
avoir retiré intact, on procéda à son ouverture, et le corps fut trouvé dans un état de conservation inespéré. En ce moment solennel, à la vue des restes si reconnaissables de celui qui fit tant pour les gloires de la France, l’émotion fut profonde et unanime.

À trois heures et demie, le canon des forts annonçait à la rade que le cortège funèbre se mettait en marche vers la ville de James-Town. Les troupes de la milice et de la garnison précédaient le char recouvert du drap mortuaire, dont les coins étaient tenus par les généraux Bertrand et Gourgaud, et par MM. de Lascases et Marchand ; les autorités et les habitans suivaient en foule. Sur rade, le canon de la frégate avait répondu à celui des forts, et tirait de minute en minute depuis le matin, les vergues étaient en pantenne, les pavillons à mi-mât, et tous les navires français et étrangers s’étaient associés à ces signes de deuil. Quand le cortège a paru sur le quai, les troupes anglaises ont formé la haie, et le char s’est avancé lentement vers la plage.

Au bord de la mer, là où s’arrêtaient les lignes anglaises, j’avais réuni autour de moi les officiers de la division française. Tous, en grand deuil et la tête découverte, nous attendions l’approche du cercueil à vingt pas de nous, il s’est arrêté, et le général gouverneur, s’avançant, vers moi, m’a remis, au nom de son gouvernement, les restes de l’empereur Napoléon.

Aussitôt le cercueil a été descendu dans la chaloupe de la frégate, disposée pour le recevoir, et, là encore, l’émotion a été grave et profonde le vœu de l’empereur mourant commençait à s’accomplir ; ses cendres reposaient sous le pavillon national.

Tout signe de deuil a été dès lors abandonné ; les mêmes honneurs que l’empereur aurait reçus de son vivant, ont été rendus à sa dépouille mortelle; et, c’est au milieu des salves des navires pavoisés, avec leurs équipages rangés sur les. vergues, que la chaloupe, escortée par les canots de tous les navires, a pris lentement le chemin de la frégate.

Arrivé à bord, le cercueil a été reçu entre deux rangs d’officiers sous les armes, et porté sur le gaillard-d’arrière, disposé en chapelle ardente. Ainsi que vous me l’aviez prescrit, une garde de 60 hommes, commandée par le plus ancien lieutenant de la frégate, rendait les honneurs. Quoiqu’il fût déjà tard, l’absoute fut dite, et le corps resta ainsi exposé toute la nuit. M. l’aumônier et un officier ont veillé près de lui.
Le 16, à 10 heures du matin, les officiers et équipages des navires de guerre et de commerce français, étant réun
is à bord de la frégate, un service funèbre solennel fut célébré; on descendit ensuite le corps dans l’entrepont, où une chapelle ardente avait été préparée pour le recevoir.

À midi, tout était terminé, et la frégate en appareillage ; mais la rédaction des procès-verbaux a demandé deux jours, et ce n’est que le 13 au matin que la Belle-Poule et la Favorite ont pu mettre sous voiles. L’Oreste, parti en même temps, a fait route pour sa destination.

Après une traversée heureuse et facile, je viens de mouiller sur rade de Cherbourg, à cinq heures du matin.

Veuillez, amiral, recevoir l’assurance de mon respect.Le capitaine de la Belle-Poule,

Signé: F.D’ORLEANS.  »

Source : WikiManche
Lien : Napoléon visite le port de cherbourg (1811)

 

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